Pérou #2: Le trek de Choquequirao: “Si ta volonté te dépasse, dépasse ta volonté”

Du 26 au 30 août 2016
 
Ce sont les “Happy six en Amérique”, une famille ch’tis rencontrée sur la Carretera austral au Chili qui nous avait parlé de ce trek. Leurs quatre enfants avaient parcouru les innombrables kilomètres pour découvrir la cité inca de Choquequirao. L’envie était née. Nous nous étions alors dit: “Por qué no?”
Pour les non-initiés, Choquequirao est “la soeur du Machu Picchu”. Ces ruines sont situées à 3 100m d’altitude, à flanc de montagne, au-dessus des gorges du fleuve Apurimac. Cette cité est beaucoup moins populaire que sa grande soeur. La raison: pour y monter, il n’existe qu’un seul moyen, la marche à pied pendant deux jours. Les moins téméraires seront calmés d’office!!!
En effet, depuis le village de Cachora, il convient de parcourir 31 km dont la descente d’un canyon et la remontée avec un dénivelé de 1500m. Une fois la visite réalisée le troisième jour, il faut mobiliser ses derniers efforts pour accomplir les 31 km en sens inverse. Un régal…
1er jour:
Nous commençons le trek le 26 août, jour de l’anniversaire de Nicolas. Nous nous levons aux aurores pour préparer notre matériel de camping et la nourriture pour les cinq prochains jours. Nous avons rendez-vous à 8h chez Celestino, qui tient une petite entreprise de muletiers. Il est, d’après ses dires, le pionnier du trek de Choquequirao. Nous faisons la connaissance de Vicente, le muletier qui nous accompagnera pendant ces 5 jours de randonnée. En effet, une mule portera tout notre équipement et deux chevaux seront la monture des filles.
Vicente, quant à lui, part avec un simple sac à dos qui semble bien vide. Nicolas est un peu en stress: “J’espère qu’il ne fallait pas lui prévoir une tente. Il ne va pas dormir avec nous?”.
Je demande à Vicente s’il a tout ce qui lui faut pour la nuit: “Oui, m’assure-t-il”. Etrange, nous verrons bien plus tard. Il est pieds nus dans ses sandales ce qui détonne avec nos chaussures de randonnée.
Une fois l’équipage prêt vers 9h, nous commençons à parcourir les 11 km qui nous séparent du mirador de Capuliyoc. Les filles sont enchantées de monter sur les chevaux.
 
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Vue sur les montagnes depuis Cachora
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Préparation des chevaux et de la mule
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Le grand départ
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Pause sur le mirador de Capuliyoc
 
Après une rapide pause déjeuner, nous entamons la descente du canyon jusqu’au fleuve Apurimac. Les filles doivent marcher car la descente est périlleuse à cheval. Il est vrai que le sentier est caillouteux et escarpé.
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A 4 h de l’après-midi et plus de 20 km de marche, nous arrivons enfin au fleuve. La fatigue s’installe. Nos jambes tremblent. Nous avons mal aux genoux à forcer sur nos appuis depuis plusieurs heures d’autant plus que nous avons retenu les filles pendant toute la descente pour éviter qu’elles ne glissent sur les cailloux.
Il y a un camping à cet emplacement et nous savons qu’il est de coutume de dormir ici le premier soir.
Malheureusement, Vicente nous annonce qu’il n’y a pas de nourriture pour les mules à cet endroit. Nous devons commencer l’ascension du canyon (50 virages!!!) jusqu’au camping de santa Rosa baja. Malgré la fatigue, nous n’avons pas de temps à perdre. Le soleil se couche dans deux heures soit le temps imparti pour réaliser la montée.
Les filles montent sur les chevaux. Je prends un cheval, Vicente l’autre et nous entamons l’infernale montée. Nicolas reste en arrière pour digérer l’annonce de Vicente et contrôler sa haine de l’instant…
Au bout de 2 km, je m’arrête quelques secondes, à chaque virage, pour reprendre mon souffle. J’ai des crampes. Qu’importe, je sais que le camping est à la cime de la première montagne. Il n’y a pas le choix, il faut avancer avant que la nuit tombe.
Puis, la délivrance arrive à la vue du camping. Nous sommes soulagés. On monte les tentes, on mange et on se couche.
J’ai dû mal à trouver le sommeil pendant cette première nuit. Le sol est dur et nos matelas ne sont pas très épais. Je suis aussi un peu inquiète pour le lendemain. Aurions-nous surévalué nos capacités physiques?
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Campement à Santa Rosa baja
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2ème jour:
Nous quittons le camping vers 7h. Les 41 virages de grimpette se succèdent. Cette fois-ci, le physique et le souffle sont bien meilleurs que la veille. Le rythme est bon. Nous arrivons au camping de Marampata en 2h.  Au programme, repos pour le reste de la journée.
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Nous plaisantons avec Nicolas car les campings où Vicente nous emmène sont rudimentaires.
Le matin, la gérante du camping de Santa Rosa m’avait annoncé que le camping de Marampata était idéal pour se reposer: “Il y a des espaces verts, des toilettes et une douche”. On se dit: “Chouette, une douche au bout de deux jours de marche nous fera le plus grand bien”. La déception est grande lorsque nous arrivons. La pomme de douche est installée dans des anciennes toilettes turques. Inédit comme système, si tu tires la chasse, tu peux te laver les pieds. Il faudrait peut-être déposer un brevet!!!
Quoiqu’il en soit, la robinetterie est défectueuse. Bref, nous nous contenterons du tuyau d’eau extérieur. Se brosser les dents et se laver les pieds au milieu des poules est une expérience inédite.
Après dîner, je demande à Vicente où il dormira car nous ne l’avons pas vu monter sa tente la veille. Cette question continue de nous tarauder.
Tel Lucky Lucke, il dort à même le sol de la salle commune (grange). Les couvertures et l’attelage des mules constituent son lit. C’est le cas de la plupart des muletiers qui sillonnent ces montagnes.
Quelle vie! Dans ces villages ou hameaux reculés au fond des montagnes,  les habitations sont sommaires. Le sol est en terre battue et le feu est allumé dès le matin pour préparer le petit déjeuner. Les cochons d’inde vivent dans les maisons. Les muletiers se lèvent à des heures incroyables et se relayent sur ces sentiers abruptes pour approvisionner la population. La vie est rude. C’est une vie de cowboy, de liberté totale sans le rêve américain. Respect…
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3ème jour:
Vicente reste au camping à s’occuper des chevaux. Quant à nous, ce sont encore deux heures de marche dans des montagnes russes qui nous attendent pour enfin arriver à la cité de Choquequirao. Les filles sont motivées car nous leur avons dit que la ville contenait un trésor caché. A peine arrivées, elles déambulent dans les ruines à la recherche du fameux trésor.  En effet, trois médaillons du soleil y sont présents. Ils n’ont jamais été découverts…
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Départ matinal pour Choquequirao
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Vue depuis notre campement à Marampata
 
Nous avons la journée pour découvrir la ville. Heureusement, car le site est grand. Une nouvelle fois, c’est grimpette and co qui nous attend, notamment, pour contempler les terrasses lamas. Ces terrasses construites à flanc de montagne sont incroyables. La vue sur le fleuve est spectaculaire. On peut dire que les incas avaient une maîtrise de la montagne, des cuisses en béton, et en aucun cas le vertige.
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Plus tard, nous prenons notre temps, assis sur la place principale à apprécier ce lieu, à absorber sa spiritualité. De toute la journée, nous avons seulement croisé 6 personnes. C’est notre récompense. Choquequirao, ça se mérite!!!
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4ème jour:
Le lever à 5h du matin pique. La nuit a été froide, trop froide pour que je trouve le sommeil. Nicolas démonte les tentes pendant que nous prenons le petit déjeuner dans la grange. Une longue journée de marche nous attend. A 6h, nous commençons le chemin en sens inverse.
A 10h, nous arrivons près du fleuve. Le soleil chauffe. Nous traversons le pont pour commencer l’ascension. Elle fait peur cette ascension. De l’autre côté du canyon, nous avons observé pendant toute la matinée le sentier en lacets.
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Un tronçon du sentier
Les filles montent sur les chevaux et c’est parti. Je tiens le cheval de Charlotte. Le chemin est escarpé et rocheux. A plusieurs reprises, j’ai des sueurs froides. Pourquoi faut-il que les chevaux et les mules choisissent toujours le chemin le plus près du précipice? Je dois tenir le rythme pour rester devant mon cheval. Nicolas a préféré garder sa place en arrière.
Je tiens le coup. La difficulté du premier jour est dépassée. Nous arrivons au campement dans l’après-midi bien en avance. Nous sommes fiers de nous.
Cette fois-ci, la douche au fond du jardin est correcte. Froide certes, mais salvatrice après 4 jours de randonnée. Un cochon gratte le sol à côté de moi pendant que je prends ma douche. Rien d’anormal jusque là.
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Pause au dernier campement
 
5ème jour:
Lever à 5h. Ces réveils matinaux sont difficiles. Toutefois, chaque lever de soleil est une récompense. Par ailleurs, la motivation est là car nous savons que nous devons remonter au mirador de Capuliyoc avant que la chaleur ne s’installe. Vicente ne déjeune pas ce matin. Il m’annonce qu’il n’a pas dormi de la nuit à cause d’une rage de dent. Je lui donne un doliprane. Dans mes pensées, je me dis que ce serait bien qu’il se brosse les dents de temps en temps tout de même.
Le doliprane doit lui faire du bien car il avance comme un lapin aujourd’hui. Nous traînons derrière. Arrivés au mirador, c’est la délivrance. Les 11 km restants pour arriver à Cachora nous semblent une broutille par rapport à ce que l’on vient d’accomplir.
Nous en avons bavé à certains moments. Toutefois, ce trek restera un souvenir inoubliable. Choquequirao est une cité mystique réellement perdue au milieu des montagnes.
Les filles ont  assuré car elles ont descendu les pentes à pied et n’ont pas eu peur à cheval. Elles ont adoré dormir dans les tentes et ont gardé leur bonne humeur même lorsqu’il fallait se lever à 5h. Lisa n’ayant ni le physique ni le mental d’un sportif a traîné, a râlé mais a fini par avancer n’ayant pas vraiment le choix de toute façon.
Vicente se sera très bien occupé de nous. Sans lui, l’épreuve aurait été impossible.
Bilan sportif:
Environ 65 km réalisés et deux fois 1500 m de dénivelé.
Bilan humain:
Nicolas: mal de dos
Vicente: mal de dent et orteil blessé
Moi: ampoule géante et multiples piqûres de moustiques

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Le moral des troupes est toujours présent pour fêter l’anniversaire de Clémentine.

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Conseils aux voyageurs:
Cachora est à environ 4h de route de Cusco vers l’Ouest. Il est possible de laisser son véhicule en toute sécurité sur la place du village devant le commissariat. Une autre option consiste à aller en véhicule jusqu’au mirador de Capuliyoc. En échange de quelques soles, vous pouvez le laisser devant le petit magasin. Un gain de 22 km aller-retour!!!
Au village, il y a de nombreux muletiers qui vous proposeront leurs services. A vous de voir. Vous pouvez également louer du matériel de camping et réaliser vos derniers achats de nourriture. Dans chaque camping, on pourra vous préparer des repas et des boissons. Les prix sont bien sûrs plus élevés qu’aileurs eu égard à l’éloignement.
Le trek est bien balisé. Il est possible de le réaliser avec ou sans muletier. Il continue ensuite jusqu’au Machu Picchu (7 jours au total).
Coût:
-entrée de Choquequirao: 55 soles/pers. Ils ont voulu faire payer les enfants mais nous avons négocié la gratuité.
(gratuité au Machu Picchu jusqu’à 8 ans)
-muletier et 3 chevaux pendant 5 jours: 600 soles (prix négocié)
-camping: 5 soles/tente soit 40 pour l’ensemble du trek
Soit 202€
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Pérou #2: Le trek de Choquequirao: “Si ta volonté te dépasse, dépasse ta volonté”

10 réflexions sur “Pérou #2: Le trek de Choquequirao: “Si ta volonté te dépasse, dépasse ta volonté”

  1. Bravo à tous pour cet exploit sportif!!!!comme dis l’adage quand on veux on peux!toute mon admiration pour les filles tâta catherine est fière de vous👍🏻😜

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  2. Des malades….. Vous êtes des malades!!!!!
    Et dire qu’on était fier de notre petite randounette de 5 km avec les enfants cet été en Auvergne ….
    C’est vraiment génial !! Continuez d’en profiter comme ça
    Bises
    Piak

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  3. Je suis heureuse de voir que l’on trouve plus timbrés que nous 😉
    Une escapade fantastique qui nous prouve bien que les enfants ne sont pas un frein…bien au contraire.
    Mon petit résumé est-il parvenu jusqu’à vous?

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  4. Bonjour,
    Merci beaucoup pour cet article ! Nous sommes également bien tenté par cette aventure. J’ai quand même quelques questions ;-)! Aviez vous trouvé les tentes et le matos pour cuisiner avant d’arriver à Cachora ? Si oui, où ? Avez vous trouvé votre muletier, le jour même du départ ? Aviez vous déjà duvet et matelas ? Combien de jour de nourriture et d’eau faut-il prévoir au départ ? Y a t’il possibilité de se ravitailler sur certaines étapes ou de manger dans des restos ? Merci beaucoup pour votre aide ! Maud

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    • Bonjour,
      Nous avions le matériel (tentes, duvets, réchaud…) avant d’arriver à Cachora mais je pense que c’est possible d’en louer sur place avec les muletiers. Nous avons trouvé le muletier la veille du départ. Nous nous sommes garés sur la place près du commissariat et c’est lui qui est venu jusqu’à nous. Pour la nourriture, nous avions prévu pour 4/5 jours mais il y a des possibilités pour se ravitailler le long du chemin sans aucun problème. Il faut juste prévenir le muletier avant pour qu’il s’arrête là où il est possible de se restaurer (les restos ressemblent plus à des cahutes, je préfère prévenir!) Bon voyage

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